Intégration de l'Ukraine dans la BITD européenne
Résumé de la conférence « Intégration de l’Ukraine dans la BITD européenne »
12 mars 2025, Forum de Défense et Stratégie de Paris, Ecole Militaire
Intervenants :
- Géraud Brun, adjoint du chef de service des orientations industrielle à la Direction de l’Industrie de Défense, DGA
- Artem Moroz, Directeur adjoint de Brave 1 (agence de l’innovation Ukrainienne)
- Edward Lucas, columnist au Times, conseiller principal au Center for European Policy
Analysis, co-auteur du “ Rearmament Report ”.
Modérateur : Anastasiya Shapochkina, Présidente d’Eastern Circles.
Points clé de discussion :
– Depuis 2022, la BITD européenne est soumise à une pression politique croissante pour augmenter la production. De même pour l’Ukraine, qui présente des difficultés de financement pour assurer un modèle économique à long terme.
– La Commission européenne a annoncé le 4 mars un paquet de défense de 800 milliards d’euros pour le réarmement européen afin de répondre aux menaces militaires existantes et de renforcer le soutien à l’Ukraine face à l’instabilité de la position des États-Unis vis-à-vis de l’Ukraine et de la Russie. Cependant, des 800 milliards d’euros annoncés, 650 milliards sont plutôt une permission de dépenser plus pour les budgets nationaux, et seulement 150 milliards devraient être de nouveaux emprunts suite à l’accord de la BEI.
– Ces développements militent pour une coopération industrielle en matière de défense avec l’Ukraine, signifiant que l’accent doit être mis sur la mise en place de joint-venture, en particulier dans le domaine du MCO des matériels utilisés, mais aussi des munitions ou de la défense anti-aérienne.
– La capacité de production nationale de l’Ukraine a fortement augmenté depuis 2022, mais l’Ukraine ne produit aujourd’hui que 40 % des armes dont elle a besoin (contre 10 % il y a trois ans). Kyiv ne dispose de la capacité financière que pour environ un tiers de sa capacité de production nationale.
– Le modèle danois de financement direct de l’industrie ukrainienne fonctionne pour les pays avec une BITD faible et des capacités de financements nationaux. Les principaux pays européens producteurs d’armes, comme la France, l’Allemagne ou le Royaume Uni, privilégient plutôt des coopérations industrielles avec le transfert de production ou de technologies à l’aide de joint-venture si possible. Un financement par les intérêts des avoirs Russes gelés aide à lancer ce modèle « français », alternatif au modèle danois.
– Les entreprises ukrainiennes de défense sont plus rapides et plus agiles que leurs homologues européens, produisant des armes performantes à bas coût, capables de s’adapter rapidement sur les lignes de front.
– Outre les drones et les systèmes de guerre électronique, l’Ukraine a relancé la production de missiles, notamment des missiles Neptune, d’une portée de 1 000 km.
– Le gouvernement ukrainien continue d’accroître sa capacité d’innovation, y compris grâce à Brave 1, qui en 2025 dispose de 70 millions d’euros pour investir aux startups et PME de défense ukrainiennes afin de développer de nouveaux produits.
– Le meilleur scénario pour la coopération entre l’Ukraine et l’Europe dans le domaine de la défense consiste à considérer les ukrainiens comme des partenaires.
– Les scénarios les plus pessimistes varient :
- d’une coopération insuffisante entre l’Ukraine et l’Europe, qui se traduit à son tour par une sous-préparation de l’industrie européenne aux défis des prochaines guerres,
- à l’intégration (si l’Ukraine perd la guerre) des technologies défensives ukrainiennes dans l’arsenal russo-chinois destiné à combattre peut-être les armées européennes.
– Les scénarios les plus optimistes conduiraient à une réelle intégration de la base industrielle ukrainienne, à l’aide de joint-venture, avec les entreprises européennes pour profiter pleinement du retour d’expérience des combats et gagner en productivité, souvent à moindre couts.
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